Multinationale à la sauce kibboutz

(Israël) En franchissant la porte de l’entreprise Netafim, on croit d’abord s’être trompé d’adresse.

Photo Ahikam Seri, collaboration spéciale , Malgré sa taille et ses activités internationales, Netafim est encore détenue à 80% par trois kibboutz de la région du Néguev.

Sur les murs, des feuilles de papier collées avec du ruban adhésif indiquent la direction des bureaux. L’allure générale des lieux rappelle davantage l’école primaire que le siège social d’une grande entreprise. Avec des activités dans 110 pays sur cinq continents et un chiffre d’affaires qui dépasse les 500 millions US, Netafim est pourtant l’un des fleurons de l’entrepreneuriat israélien.

L’entreprise a inventé le concept de l’irrigation goutte-à-goutte, une technique qui permet d’augmenter le rendement des récoltes jusqu’à 50% tout en utilisant 40% moins d’eau. Le truc qui l’a mis sur la carte: des tuyaux percés munis de valves qui acheminent l’eau directement aux racines des plantes.

«Au lieu d’arroser le sol, on arrose les plantes», résume Naty Barak, directeur du développement durable de Netafim.
Aujourd’hui, Netafim vend autant des systèmes d’irrigation contrôlés par ordinateur aux grandes sociétés de la Californie que des solutions d’une simplicité désarmante – un réservoir qui recueille l’eau de pluie et duquel partent quelques tuyaux – aux habitants des pays en développement.

Polo jaune, jeans et sandales: comme le bâtiment de Netafim, M. Barak détonne dans l’univers des entreprises. La clé de l’énigme, c’est que Netafim est un pur produit des kibboutz – ces communes à tendance socialiste implantées sur le territoire dès le début du XXe siècle.

Au départ axés sur l’agriculture, les kibboutz sont aussi devenus des bastions de l’innovation. Aujourd’hui, même si moins de 2% de la population d’Israël y habite, les kibboutz génèrent 12% des exportations du pays.

Malgré sa taille et ses activités internationales, Netafim est encore détenue à 80% par trois kibboutz de la région du Néguev. Sa structure est un mélange assurément unique au monde entre la multinationale techno et la commune socialiste.

M. Barak nous entraîne dans les champs du kibboutz Hatzerim dont il est membre. Champ est un grand mot: nous sommes encore en plein désert. Ici, faites l’erreur de faire demi-tour au volant d’une voiture avec les fenêtres ouvertes et vous en avez pour 15 minutes à tousser à cause de la poussière que vous avez vous-même soulevée.

Les environs sont pourtant couverts d’arbustes en pleine santé: des plants de jojoba, dont l’huile est vendue aux multinationales des cosmétiques. Les plants sont irrigués par un système de tuyaux sous-terrain qui leur fournit exactement l’eau dont ils ont besoin.

«Moïse nous a conduits en Israël, mais il ne nous a pas montré la technologie pour y vivre», blague M. Barak.

Chaque semaine, cet homme remet son chèque de paie de dirigeant de multinationale au kibboutz où il vit, qui est ensuite divisé entre les 440 membres de la commune. Au bout du processus, M. Barak recevra la même allocation que sa voisine qui prépare les repas communautaires.

«Vous savez ce qu’ils disent, lance M. Barak. Si vous n’êtes pas socialiste à 17 ans, c’est que vous n’avez pas de coeur. Si vous êtes encore socialiste à 50 ans, c’est que vous n’avez pas de cerveau!»

Dans un kibboutz, tout est mis en commun. Et ça inclut Netafim.

«Quand nous aurons à décider si Netafim doit s’enregistrer à la Bourse de New York, par exemple, j’aurai un vote, et ma femme aura un vote, explique M. Barak. J’ai la prétention d’avoir une expérience des affaires. J’ai voyagé dans le monde. Ma femme est la meilleure psy au monde, mais elle ne connaît rien aux affaires. Mais elle aura un vote. Et j’aurai un vote.»

M. Barak avoue que ce mode de gestion est compliqué – tout comme la vie sociale du kibboutz, qui a fait l’objet de nombreux débats au fil des décennies. Mais peu importe: au kibboutz Hatzerim, les valeurs d’égalité sont encore celles qui guident le cours des choses.

«De toute façon, je peux vous donner des exemples très concrets où je n’ai pas voté comme ma femme sur certaines questions d’affaires, dit M. Barak. Et le temps a montré qu’elle avait parfaitement raison… et que j’avais parfaitement tort!»

Source : http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/

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