Israël: quand goût du risque rime avec désir de gagner

(Israël) Révolution agricole, biotechnologie, informatique, technologies propres: les Israéliens inventent, brevettent et lancent des entreprises plus que quiconque sur la planète. Aujourd’hui, La Presse Affaires plonge dans les rouages de cette machine à inventer. Au menu: audace, forces armées et interventions gouvernementales.

Photo: Ahikam Seri , Lanir Shacham y circule comme un roi. Les affaires roulent. Correl Sense compte déjà 60 employés, dont 15 aux États-Unis et 10 à Bangalore, en Inde.

Lanir Shacham a débuté sa carrière professionnelle en claquant des portes.

La première était celle d’une boîte en démarrage lancée par une connaissance. M. Shacham l’a rapidement quittée, mécontent de son patron. «Un pur idiot en affaires, lance-t-il. Il était très fort en technologie, mais c’était géré de façon très médiocre – et ça, c’est un compliment.»

La deuxième porte claquée est d’un autre gabarit: c’est celle d’IBM, qui exploite un important centre de recherche en Israël. Lanir Shacham y a travaillé pendant trois ans avant d’exiger une augmentation de salaire. Quand celle-ci a été refusée, il a démissionné. Puis il a démarré sa propre compagnie, Correl Sense.
Cinq ans plus tard, dans les locaux de l’entreprise, certains murs laissent encore voir les feuilles de gypse. Les bureaux où travaillent des jeunes en sandales sont jonchés de canettes de boisson énergisante.

Lanir Shacham y circule comme un roi. Les affaires roulent. Correl Sense compte déjà 60 employés, dont 15 aux États-Unis et 10 à Bangalore, en Inde. L’entreprise vient de vendre à la plus grande banque d’Israël des logiciels capables de suivre la trace électronique des transactions bancaires. À 35 ans, M. Shacham rêve de fortune.

«En Israël, si vous voulez conduire une belle voiture, manger dans des restaurants décents, voyager dans de beaux endroits, vous n’y arriverez pas en faisant du neuf à cinq. Travailler pour quelqu’un d’autre, de toute façon, c’est de l’esclavage moderne.»

Il existe un mot hébreu pour décrire le caractère de Lanir Shacham: chutzpah. En Israël, impossible de discuter des causes de la vague entreprenariale qui y déferle sans l’entendre. Si chutzpah n’a pas d’équivalent direct français, des mots comme audace et témérité, mais aussi arrogance et insolence, ont été utilisés pour le décrire.

«Chutzpah, ça veut dire avoir du culot, oser faire quelque chose», résume Sharon Lewis, une Montréalaise d’origine qui travaille dans l’industrie du capital-risque de Tel-Aviv.

L’expression est utilisée jusqu’au bureau du premier ministre Benyamin Netanyahou, où le responsable des politiques économiques, Eugene Kandel, le considère comme son meilleur allié.

«Lancer une entreprise demande d’abandonner le confort d’un emploi stable, d’être prêt à vivre avec un très petit budget, d’avoir une confiance en soi démesurée. C’est un trait culturel, mais qui peut être encouragé – par des cours d’entreprenariat dans les écoles, par exemple», dit-il.

En 2006, Jack Levy a quitté Wall Street pour fonder Israel Cleantech Ventures, une boîte de capital-risque de Tel-Aviv spécialisée en technologies propres. Il croit aussi que la «chutzpah» explique bien des choses dans son pays d’accueil.

«Israël possède une culture d’entreprenariat peut-être unique au monde, dit-il. Quand vous dites aux gens: je suis dans la haute technologie, j’ai lancé ma compagnie, c’est extrêmement bien perçu – même si ça veut dire que vous êtes cassé et que vous travaillez dans des cafés faute de bureau.»

Israël, observe-t-il, est un pays où le goût du risque est valorisé à l’extrême. «Le pays en soi est un risque, une entreprise en démarrage», lance-t-il. Surtout, Israël est un endroit où il est permis de se casser le nez.

«Ici, l’échec n’est pas un stigmate. En Europe, quelqu’un qui a échoué en affaires a beaucoup de difficulté à trouver des fonds. Ici, des gars viennent me voir en disant: Écoute. J’ai fait ça et ça n’a pas marché pour telle raison. Maintenant je vais faire ça de telle autre façon et ça va marcher. Et vous savez quoi? Ils ont raison.»

Ceux qui se sont frottés à l’énergie et la «chutzpah» des Israéliens, en tout cas, s’en souviennent. Céline Bak est à la tête du Mitchell Russell Group, une firme canadienne de consultants en technologie. En 2000, son ancienne entreprise, Solect, a été avalée par l’israélienne Amdocs. «Les gens d’affaires du secteur technologique en Israël, ce sont les gens d’affaires les plus durs que vous pouvez voir, dit-elle. Ils jouent pour gagner. Ils ont énormément d’énergie, ils sont très intelligents et ils travaillent beaucoup. Leur perspective, c’est que si tu ne gagnes pas, tu perds. Et quand tu perds, tu peux tout perdre.»

Source : http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/

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